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Soignons notre système!

Publié le

Christelle, 32 ans, infirmière d’urgence en traumatologie depuis 10 ans et combattante du cancer du sein.

Ce soir je me colle contre ma petite dernière. Je la berce en lui chantant des chansons de mon enfance. Le temps se fige et en cet instant de grâce je me sens pleinement épanouie et fière d’être une mère aimante et dévouée pour ses enfants. Rien ne me rend plus heureuse que de les sentir comblés. Un sentiment de satisfaction immense m’envahit lorsque je réalise l’impact de mes gestes sur leur développement.

Oui, présentement je suis maman à la maison. Un peu malgré moi, mais la vie en a décidé ainsi et avec le recul je le prends comme un cadeau. Ces moments si précieux, ces bouts d’enfance qui ne reviendrons pas, ces mots d’enfants qui deviendrons bientôt des phrases d’adultes. J’ai la chance de les vivre pleinement.

J’envisage mon retour au travail avec un sentiment mitigé. Je suis une maman accomplie mais je suis aussi une infirmière. Ce métier, je l’ai au cœur. Je l’ai choisi, je l’ai apprivoisé au fil des années et la passion y est toujours. J’aime les défis et la stimulation intellectuelle qu’il m’apporte au quotidien. J’aime le contact humain et l’impact que je peux avoir sur la vie des gens.

Mais serai-je capable de retrouver le même sentiment de fierté et d’épanouissement que m’offre mon rôle de mère au foyer en pratiquant ma profession dans les conditions actuelles ? C’est ce qui m’effraie le plus.

J’aime donner le meilleur de moi-même, que ce soit à mes enfants ou à mes patients. J’aime les gens et j’aime leur venir en aide. N’est-ce pas là l’essentiel du travail d’infirmière ? Soigner pour moi c’est bien sûr de prodiguer des soins de qualité mais c’est aussi d’être à l’écoute de ce que peuvent vivre les patients qui traversent ma journée de travail. C’est les accompagner dans les moments où ils sont les plus vulnérables. C’est leur donner l’impression qu’ils sont au bon endroit et qu’ils auront droit aux meilleurs soins possibles. Parce que souvent, ce que ces patients ont vraiment besoin, au-delà des soins physiques, c’est d’abord et avant tout un contact humain rassurant pour les guider dans l’inconnu qu’est la maladie.

Avec la surcharge de travail qui sévit depuis de nombreuses années dans notre système de santé, nous n’avons plus de temps pour considérer l’être humain qui se cache sous le patient. Nous traitons d’abord la maladie mais nous oublions le malade, par manque de temps, de ressources et d’énergie. Nous adressons les épisodes de soins ponctuels sans prendre le temps de considérer le tableau complet de santé du patient. Tous les beaux modèles de soins infirmiers appris sur les bancs d’école sont dorénavant relayés aux oubliettes la plupart du temps car nous sommes submergés par les soins immédiats requis par le patient.

Comme infirmière, la dignité et le bien être du patient est notre priorité. Nous défendons leurs droits dans des moments de grande vulnérabilité.

Mais qui se soucie de notre dignité à nous? De notre bien-être ?

Dans le système actuel, rare sont les infirmières qui rentrent à la maison avec le sentiment du devoir accompli. Vouloir offrir les meilleurs soins possibles mais en être incapable, c’est un coup dur pour notre dignité professionnelle. Nous voulons donner le meilleur de nous-mêmes mais les ressources ne nous le permettent pas. Le sentiment d’accomplissement n’existe plus, car peu importe la charge de travaille que nous acceptons, il y en a toujours plus...

J’ai vécu une année dans la peau d’une patiente et je tiens à vous dire que j’ai eu droit à d’excellents soins. Des infirmières souriantes et dévouées, des médecins humains et emphatiques, des préposés aux bénéficiaires attentionnés et sympathiques, et des secrétaires médicales professionnelles et organisées. Bien sûr il y a eu quelques petits accrochages ici et là, mais mon expérience personnelle est somme toute très positive. Grâce à qui? Grâce à tout ce beau monde, qui malgré la tempête qui fait rage, naviguent les flots incessants avec le sourire et l’amour de leur profession.

La résilience du personnel soignant tient notre système de santé actuel à bout de bras, mais elle est à bout de souffle.

Agissons avant que tout ce beau monde s’épuisent. Avant que ces prestataires de soins extraordinaires, que j’ai eu la chance de côtoyer, se fanent et perdent la flamme qui les animent.

Soignons notre système de santé avant qu’il ne coule à pic, entraînant avec lui des travailleurs de l’état acharnés, compétents et passionnés par leur métier.

 

 

Christelle, 32 ans, infirmière d’urgence en traumatologie depuis 10 ans et combattante du cancer du sein.

1 Commentaires

  • Marieve : February 05, 2018
    Encore une fois tu m impressionne Christelle, tu es forte et inspirante, tu as su mettre les mots justes … et ce qu il faut ou il faut !… Bravo a ta résilience ????

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