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Lettre à toi que je ne connais pas

Publié le

Annie, 33 ans, fille d'un ange, porteuse du gène BRCA1 et survivante 

Je t‘écris à toi, celle que j’aime tant, mais que je ne connais pas. Tu es partie bien trop vite, bien trop jeune, laissant derrière toi des enfants bien trop petits pour vivre sans maman.

Les souvenirs que j’ai de toi sont flous, diffus et peu nombreux. Heureusement, les photos et les vidéos sont là pour me montrer. Me montrer tout l’amour que tu avais pour nous, tes quatre enfants. Me montrer les petites et grandes attentions que tu prenais le temps de faire. M’aider à garder un souvenir de toi plus franc, plus clair. Heureusement, quelques personnes autour de moi qui t’ont connu sont encore là pour me dire à quel point tu étais une maman extraordinaire. À quel point tu étais impliqué dans ta communauté. À quel point tu aimais rire, chanter, t’amuser. Ils sont là pour me parler de tes goûts, tes envies, tes bonheurs. Ils sont là pour me dire à quel point tu aurais tout donné pour rester auprès de nous, ta famille nombreuse si longtemps souhaitée.

J’aurais aimé que tu m’apprennes tant de choses maman. Tant de choses qu’une mère apprend à sa fille à mesure qu’elle grandit. J’aurais aimé que tu m’accompagnes à mon premier jour d’école et que tu m’aides à apprendre à lire et à écrire. J’aurais aimé que tu m’apprennes à cuisiner, toi, qui le faisais si bien. J’aurais aimé que tu m’apprennes à coudre et à tricoter, toi qui avais des doigts de fée. J’aurais aimé que tu me dises que tu comprends, lors de mes premiers chagrins d’amour, toi, qui a tant aimé papa. J’aurais aimé que tu me dises que tu es fière de moi, lors de la remise de mes diplômes. J’aurais aimé que tu m’accompagnes dans mes prises de décisions importantes, que tu valides ou non mes choix de vie. J’aurais aimé que tu viennes m’aider à déménager dans la grande ville, à peinturer mes murs et que tu me congèles mes petits plats préférés. J’aurais aimé que tu t’inquiètes lors de mes voyages et que tu sois heureuse de recevoir, enfin, mes cartes postales. J’aurais aimé que tu me racontes ton parcours, tes histoires d’enfance et tes expériences d’adolescences.

J’aurais aimé que tu rencontres mon amoureux et que tu l’aimes, toi aussi. J’aurais aimé que tu sautes, que tu pleures de joie, lorsque je t’aurais appris que ta grande fille a un petit bébé dans son ventre. Que tu vives avec moi la naissance de mon fils. Que tu me conseilles, m’écoutes, et m’encourages lors de mes doutes de nouvelle maman. Que tu vives avec nous les joies, les réussites, les accomplissements et les petits bobos, de tes cinq, bientôt six petits enfants. Que tu sois une mamie présente, aimante et amusante, tout comme papy l’est aujourd’hui. Il est si beau à voir jouer avec ses petits-enfants.

J’aurais tant aimé te connaître plus de cinq ans, maman. Que tu souffles avec moi chaque année de plus, les bougies du gâteau que tu aurais fait pour moi.

Quand je me regarde, je te vois aussi un peu maman, car ceux qui t’ont connu disent que je te ressemble. Quand je regarde mon fils, je te vois un peu en lui aussi maman, car il a tes grands yeux bleus.

J’aurais aimé qu’à ton époque, la science soit suffisamment avancée pour découvrir ce gène qui a fait tant de massacres dans ta famille. Qui a enlevé ta vie, et celle de tes trois sœurs, toutes des mamans elles aussi. Qui a fait tant d’orphelins et d’orphelines de mère, à un âge où l’on a encore besoin de grandir auprès de sa maman. L’âge de vos décès qui aurait dû correspondre avec des projets d’avenir, plutôt qu’avec la maladie et la mort.

J’aurais aimé que tu pleures et que tu me prennes très fort dans tes bras, lorsque je t’aurais annoncé que j’ai le cancer. Le cancer du sein, comme toi maman, au même âge que toi en plus, peux-tu croire ça ? J’aurais aimé que tu me dises que je suis forte, que je vais m’en sortir. Que tu me tiennes la main lors de mes traitements de chimiothérapie, comme j’ai fait à ma manière pour toi lorsque j’étais enfant. Que tu me dises que tu m’aimes et que tout ira bien, avant cette grande chirurgie qui me terrorisait tant.

Il y a tant de choses que j’aurais aimé de toi maman. Je suis certaine que nous aurions été de grandes amies, des complices, des confidentes. Au lieu de ça, j’ai dû vivre avec ton absence, et ce depuis 28 ans maintenant.

Malgré la douleur, la tristesse et la colère, on apprend. On apprivoise lentement la vie avec ce vide à l’intérieur de soi. Cet immense vide laissé là, béant, créé par la perte, le deuil, l’absence d’une maman, car on ne connaît pas autre chose finalement.

Mais sache que tous les jours, je m’efforce d’être une « bonne » mère pour mon garçon. Je m’efforce d’être celle que j’aurais voulu que tu sois pour moi. Avec mes imperfections, mes doutes, mais surtout, avec tout mon amour. L’amour inconditionnel d’une mère pour son enfant, que j’ai la chance de connaître maintenant.

Je t’aime
XXX

Annie, 33 ans, fille d'un ange, porteuse du gène BRCA1 et survivante 

5 Commentaires

  • Line Ruest: March 07, 2018

    Moi aussi j’ai bien connu tes parents. Je suis la soeur de Diane à 7-îles. Tu as été choyée d’avoir une maman comme cela. On ne se lassait pas de les voir ensemble avec leur famille, ils dégageaient tellement. Je crois que ta maman ne t’a jamais quittée. Elle était là avec toi lors de ton cancer, je s’en suis persuadée, mais à sa manière.
    Je t’ai connu juste un tout petit peu toi et ta famille et ce que je retiens de tout, c’est l’amour qui planait et qui reste encore présent en lisant ton merveilleux message. Merci pour ce beau partage.

  • Arnaud Samson: March 06, 2018

    Je l’ai bien connue et elle aurait sans aucun doute comblé de façon spontanée toute ses attentes que tu as si bien évoquées.
    Elle m’a donné une leçon de vie lorsqu’elle a préparé sur vidéo son leg de choses importantes à partager avec ses enfants lorsqu’elle a su qu’elle ne serait plus.

  • Rose -Aimée Imbeault : March 06, 2018

    Oui,oui je t’ai connu toute petite, toi tes soeurst toutes mignonnes .Chantale ta mère un ange ton père un merveilleux papa .A la messe le dimanche matin à 10.30 h. J’admirais votre grande et merveilleuse famille .Une maman et un papa si aimant , des fillettes si belles.
    Je m’assoyait Toujours dans le banc en arrière de votre belle famille . Je vous ai aimé , ça fait tellement longtemps . J’ai vu les Bonheur de tes parents et les souffrances aussi… toujours , toujours si grands. Ton papa que j’ai la chance de côtoyer encore assez souvent est un papa extraordinaire ..! À toi que j’ai connue tout jeune salut tu as une route bien tracée..??Rose-Aimée

  • Johanne Dion: March 06, 2018

    À lire ce texte extrêmement touchant d’Annie, on ressent tout le vide laissé par cette grande perte, cette grande peine d’Amour qu ‘elle a appris à apprivoiser. Il y a aussi beaucoup d’espoir, que tout l’amour qu’a laissé sa mère à sa famille est toujours vivant et transmis à la prochaine génération de petits-enfants. Sois heureuse Annie avec ton petit garcon et tes proches.

  • Linda Lamothe : March 06, 2018

    Wow ? c’est tellement beau ce message d’une petite fille à sa maman qui est partie trop vite et jeune vraiment impressionnant ? j’espère que dans ton combat tu ressens l’énergie de ta maman et la force qu’elle devait avoir….prends soin de toi et de ton fiston et tout ceux que tu aimes ?

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