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J'ai le cancer

Publié le

Annie, porteuse d'un cancer du sein triple négatif & en rémission depuis 7 mois.

Mon corps ne m'appartient plus désormais. Il appartient à la science, à la médecine. Il est observé, manipulé, ausculté, palpé. Des tonnes d'examens me passent dessus. Ils veulent me connaître jusqu'au fond de mon âme ou quoi ? Je suis étendue là, en larmes, avec la peur au ventre et le cœur qui débat. Eux me touchent, me tâtent, me piquent. Ils font leur travail. D’autres personnes viennent, regardent et repartent. Mais qui sont tous ces gens dans cette pièce ? Je ne peux pas me dégager. Je ne peux pas leur crier de me lâcher. Je dois les laisser faire. Laisser mon corps se faire manipuler par leurs doigts, leurs mains, leurs instruments et leurs machines. Je ne vis plus, je ne m’appartiens plus. Je veux m’enfuir loin, très loin.

J'ai peur que mon corps change. Celui que je connais depuis toujours ne sera plus jamais le même. Il se montrera différemment à la face du monde. Reflètera une fausse image de moi. Une image de personne malade. Mais je ne me sens pas malade moi ! Du moins, pas encore… En un regard, les gens sauront. Sauront ce que je vis, ce que je subis, ce que je suis désormais. J’ai une maladie, j’ai le cancer.

Je n'aime pas dire que j'ai LE cancer. Je préfère dire que j'ai UN cancer. Comme si cela me permettait de me détacher de lui, comme s’il ne m'appartenait pas. Comme si d’utiliser LE englobait tout mon corps, alors qu’UN me servait de chiffre. Après tout, j’ai seulement UNE bosse. Ce cancer est à l’intérieur de moi, oui. Je porte des cellules malignes dans un endroit précis de mon corps. Oui c’est vrai, mais c’est tout. Elles ont élu domicile en moi sans même me demander la permission, mais ce cancer ne me définit pas. Il y a quelques mois à peine, je portais la vie, je portais l'amour. Mon corps a aussi fait quelque chose de beau, de très beau même. Il a fabriqué un petit être humain pendant neuf longs mois. Il l'a nourri, aimé, protégé. Il l’a fait grandir. Maintenant, je porte la maladie et peut-être bien la mort ? C’est irréel, c’est un non-sens, c’est INJUSTE.

J'ai peur de ne plus être la même. Évidemment que je ne serai plus jamais la même. J'ai peur de ce que je vais ressembler. De ce que je vais ressentir. De ne plus me reconnaître. J'ai peur de ressembler à une cancéreuse. J'ai toujours trouvé ça pas très beau un cancéreux. J’ai peur de ne plus être capable de faire les choses que j’aime et de ne plus pouvoir m’occuper de ma famille. J’ai peur d’être une malade.

Ça y est, mes cheveux tombent. Mes belles boucles. Mes beaux cheveux post-grossesse. C'est quand même un peu fou quand on y pense. Il y a à peine un an, je n'avais jamais eu autant de cheveux. Vive les hormones (ou pas). Une  longue tignasse, épaisse et bouclée. Je me trouvais tellement belle. Et maintenant.... maintenant.... je perds tout. Je tire sur mes cheveux déjà morts, ils se détachent facilement, rapidement, trop rapidement. Je ne cesse d'en perdre, un peu plus tous les jours. Il y en a PARTOUT. Partout dans ma maison. Sur le plancher de toutes les pièces, dans mon bain, sur mes vêtements, mon oreiller et même sur mon bébé ! Je me sens comme dans un film. Tu sais le bout ou le personnage principal s’arrache les cheveux parce qu’il pense devenir fou ?  Ça y est, j'ai vu mon premier trou. Je vois mon crâne. Je trouve ça dégueulasse. Je suis dégoûtée par mon reflet. Je n'avais jamais vu mon crâne auparavant. Quelle femme peut dire qu'il a déjà vu sa tête dégarnie ? Pas beaucoup. L'estime de soi en prend un coup. Maintenant il n’y a plus de doute, les gens sauront. Comment me trouverais-je ? À quoi ressemblerais-je avec plus un cheveux, plus un poil ? Est-ce que mon chum me trouvera encore belle ? Tant de questions. Trop de questions. Perdre mes cheveux, je ne suis pas prête !!! Raser ma tête ? Avoir la boule à 0 ? Non ! Je ne peux pas, je ne veux pas, pas tout de suite !! Mais ce n'est pas un choix ma belle. Personne ne t’a demandé ton avis. Tu subis. Tu subis et tu acceptes. Mais comment accepte-t-on l'inacceptable ? Comment accepte-t-on qu'on ait un cancer ?

Tant de deuils à faire en si peu de temps. Je ne contrôle plus rien, absolument rien. On prend des décisions pour moi. On me dit va là, fait si, prend ça. Je sens que ma tête est submergée, que mon souffle est coupé, que je vais me noyer. Je dois me laisser emporter par cette vague immense, que dis-je, ce tsunami, car de toute façon, le courant est déjà trop important. Viens, vite, attrape ma main et tiens-la bien.

Aide-moi à me rendre à demain.
Annie, porteuse d'un cancer du sein triple négatif & en rémission depuis 7 mois.

8 Commentaires

  • Suzanne Cloutier: May 16, 2018

    Belle héroïne,
    Héroïne de vérité, de ressenti et de partage.
    Ta réalité devient nôtre, même avec un corps en santé car tu ne joues pas à être forte. Tu es ce qui es.
    Arme toi de courage puisque tu n’as pas le choix mais avance dans ce couloir qui te mènera à la guérison.
    Nos cœurs battront à l’unisson du tien.
    Nos corps ressentiront ces mains te palper, t’osculter et comprendront mieux tes malaises.
    Je t’embrasse et sache que tu seras toujours belle!
    Que Dieu te garde!

  • Maryse: May 14, 2018

    Oui, c’est vrai on embarque dans la vague et on retient notre souffle jusqu’à la fin .Ensuite on doit réapprendre à respirer. Quand on respire à nouveau c’est merveilleux ! Profitons de chaque moment !!!

  • Lily : May 13, 2018

    bonjour Annie en te lisant je revivais les mêmes craintes les mêmes peurs t,en fait pas c’est l’inconnu qui fait peur on s’en sort, affaibli certaines douleurs prennent du temps à partir, comme un accouchement la vie nous rattrape on fini par oublier Pour ce qui est de tes cheveux il était plus traumatisant pour moi de voir tomber mes grands cheveux frisées, je leurs ai jouer un tour je l’ai fait raser et je n’ai jamais porté de perruque de toute façon avec ou sans, foulard ou pas les gens te regardent. Le défi tête rasée commence c’est le temps de le faire ils ne sauront pas si c’est ce que tu as fait. Bonne chance n’est pas peur d’en parler c’est surprenant de voir le support qu’on reçoit de nos proches nos amis même de ceux qu’on étaient pas si proche Profites de petit moment pour te gâter le meilleur va revenir

  • Franchalon: May 13, 2018

    Soeurs de combat…salut.
    Encore au “front”.
    Je vois en nos misères quotidiennes des progrès qui arrivent.

    Nous devons plus dire nos besoins et nos attentes d’accompagnement même au corps médical!
    Le combat contre cette maladie n’est pas qu’individuel!

    Je salue toutes celles qui ont souffert pour que nos protocoles de soins soient plus performants.

    Merci aux bénévoles, fondations et chercheurs de nous assurer des jours meilleurs et de faire avancer une médecine qui sauvera plus de vies avec moins de dommages collatéraux.

  • jacob : May 12, 2018

    oufff!!! apres 10 ans de rémissions ton témoignage me revire dans le temps avec tellement de serrement au cœur,,,ya rien de facile avec ce foutu crabe de cancaer ca laisse des séquelles a vie..etre suurvivant est une grosse charge émotionelle quand tu vois partir du monde que tu aimes,que tu chéris,qui ton aidé,,,ya un prix a payé…mais heuresementmes amis sont encore avec le temps une force avec l espoir q un jour meilleur ,un jour a la fois,,, bon courage a toi je te souhaite le meilleur de la vie a venir avec sérinitéxxxx

  • France: May 03, 2018

    Ouf! Annie, ton message m’a fait revivre toutes sortes d’émotions qui ne sont pas très loin, à peine un peu plus d’un an. Bon on ne parle pa du même cancer du sein mais on s’entend un cancer c’est un foutu cancer. Je suis passée par les mêmes reflexions, j’avais decidé que ce n’etait pas mon cancer. Quand la chimio nous jette à terre à chaque traitement effectivement on se demande comment on va sortir de là, on se sens tellement démuni, incapable d’effectuer la moindre petite tâche, marcher, penser, etc. tout devient souffrance alors oui c’est normal de s’inquiéter à savoir comment on va s’en sortir, va-t-on pouvoir reprendre toutes nos activités c’est la question ultime. Dans un moment de decouragement j’ai demandé à mon mai s’il allait m’attendre?Contrairement à toi la perte de mes cheveux n’a pas été trop difficile et j’ai finalement trouvé que mon coco tout nu n’était pas si mal en fait il y a une chose que je ne voulais pas avoir l’air, c’etait malade, cette image de malade cancéreux me terrifiait alors j’ai pris les moyens, oublions la prothèse, oui je l’ai portée à quelques reprises mais je suis passée plus souvent à côté d’elle en la saluant. Bien sûr, il y a des gens autour qui te regardent, je doit avouer que cela à quand même été un succès puisque mes amis me disaitent que j’avais une bonne mine je n’avais pas l’air malade bon, d’accord les jours moches je restais à la maison de toute façon j’étais incapable de sortir et les bons jours et bien j’avais besoin de sortir de voir des gens, de voir la vie. Pendant les traitements, je me suis accrochée à une phrase que je me répétais souvent; aujourd’hui je suis là, demain personne ne sait qui sera là ou pas.
    Aujourd’hui je me sens bien même très bien, j’ai repris toutes mes activités.
    Sois forte, n’oublie pas que les larmes ne sont pas un signe d’abandon bien au contraire, de plus c’est une ressource renouvelable. 😘
    Alors oui, Annie, je te tiens la main et garde espoir, il faut faire confiance en la médecine.

  • Jacynthe chaloux: May 02, 2018

    Belle Annie,,,j ai lu ,,j ai ressenti ,,j ai pleuré,,et malheureusement moi aussi je comprend se que tu vie se qui se passe ds ta tête..je suis compatissante…la rage aux bien et repart et un bon jour un semblant d acceptation s’installé et l ont doit vivre avec!!..mais une choses est sûr c est que l’ont vie encore..c est pourquoi je dis espoir rêve réalisation de sois..profitons de nous même et de nos proches..garde courage et force.. merci pour ce texte si précieux…🍀

  • Josianne: May 02, 2018

    WOW! Merci beaucoup Annie pour ce beau blogue. Il m’a fait beaucoup de bien.

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