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Est-ce que maman t’a dit?

Publié le
Annie, 33 ans, maman d'un petit bonheur & survivante

Est-ce que maman t’a dit que quand je t’ai senti bouger dans mon ventre la première fois, mon cœur s’est rempli d’amour pour toi, petit être en devenir. Je me suis dit à ce moment que je faisais là le plus beau travail du monde, celui de te créer.

Est-ce que maman t’a dit que lorsque je t’ai vu la première fois après ces longues heures à t’attendre et à t’espérer, que je vivais là le plus beau jour de ma vie? J’étais loin de me douter que je détenais en moi toute cette force, cette puissance et que celle-ci allait me servir par la suite. Je tenais ta petite main, te regardais dans les yeux et tentais de te consoler, te réconforter, toi qui pleurais si fort. Je prenais tout mon temps pour découvrir chaque partie de ton petit corps en te disant : « C’est toi, c’est toi qui bougeais en moi, c’est toi que j’attendais. C’est moi, je suis ta maman et je t’aime tellement.»

Est-ce que maman t’a dit que lorsque tu as bu à mon sein, j’étais si fière de moi, de nous? Si heureuse de pouvoir te nourrir à même mon corps, celui qui t’avait créé et donné la vie, il continuait son bon travail pour te permettre de grandir.

Est-ce que maman t’a dit que les semaines, les mois qui ont suivi ta naissance, j'ai su? J'ai su que j’étais fait pour être cela. Que j’étais fait pour être une maman, ta maman! J’étais si épanouie, si lumineuse, si heureuse. Ta présence remplissant une place dans mon coeur qui était là et qui t’attendant tout ce temps.

Est-ce que maman t’a dit que lorsque papa a senti la bosse dans mon sein, mon coeur s’est serré ? Ce sein qui continuait de te nourrir, jour et nuit, ne pouvait pas aussi porter le mal.

Est-ce que maman t’a dit que lorsque le médecin m’a téléphoné pour me dire que oui, cette minuscule masse dans mon sein était belle et bien porteuse de cellules cancéreuses, j’étais seule avec toi dans la maison? Tu commençais à peine à te déplacer, à émettre des sons, à développer tes sens. Je me suis écroulé par terre, les genoux sur le tapis et le cœur en mille miettes, tout près de toi. J’ai crié fort, très fort. Je t’ai serré tout contre moi, et j’ai pleuré. Tes petits yeux insouciants me regardaient. Puis, tu as pleuré aussi, tu avais faim. Je t’ai porté à mon sein, celui qui portait le mal, mais qui te donnait la vie.  

Est-ce que maman t’a dit que lorsque j’ai été obligé d’arrêter de te donner mon lait, j’ai eu mal, tellement mal? Aussi mal qu’une première peine d’amour. On m’enlevait le droit de te nourrir, de te donner le meilleur de moi, de te donner mon amour lacté. Ce que je ne savais pas, c’est que ce serait le premier d’une longue série de deuils.

Est-ce que maman t’a dit que lorsque tu dormais à poings fermés, je m’assoyais tout près de toi et te murmurait doucement? Je te disais que j’allais me battre pour toi, pour nous. Que je trouvais la vie si injuste de nous faire ça. Que toi, mon petit homme à moi, tu ne méritais pas ça ! Que j’avais si mal en dedans. Que je me sentais alors brisée à l’intérieur. Comment peut-on être confronté soudainement à la mort lorsque l’on vient tout juste de porter et de donner la vie?

 Est-ce que maman t’a dit que tout au long de mes traitements, tu étais ma force, ma lumière, mon courage? Que grâce à toi, je me levais chaque matin pour me battre ? Que tu m’aidais à rester debout, toi, qui ne savais même pas encore marcher. Que grâce à toi, je gardais les pieds bien ancrés au sol, à profiter de chaque petit moment d’énergie pour le passer avec toi. De vivre pleinement le moment présent à tes côtés. De continuer de sourire, de rire, de jouer, d’être une maman, ta maman. 

Est-ce que maman t’a dit que j’ai eu si peur avant de me faire enlever les seins? Que cette opération, je la faisais pour toi, pour rester en vie, avec toi. Pour continuer de te voir grandir et t’épanouir. Que c’est à ces pensées auxquelles je me suis accroché avant de m’endormir. Que moi, j’étais chanceuse, car je pourrais continuer d’être ta maman encore longtemps, contrairement à ma maman à moi. Ta grand-maman, que tu ne connaitras jamais.

Est-ce que maman t’a dit qu’elle t’aimait très fort et se considère si chanceuse d’être ta maman? Je te regarde aujourd’hui et vois le petit homme que tu es devenu. Maman est si fière de toi et se sent tellement privilégiée de pouvoir te voir apprendre de nouvelles choses chaque jour.

Car maintenant, enfin, nous pouvons mettre ce sombre chapitre derrière nous et continuer d’avancer, main dans la main, ensemble. 

Je t’aime, maman xxx 

 

Annie, 33 ans, maman d'un petit bonheur & survivante 

Crédit photo: 
Laurie-Anne Thuot
Simon Laroche

 

1 Commentaires

  • Rose-Aimée Imbeault Bravo bon courage J: January 13, 2018

    Bravo , bon courage . Vraiment un témoignage

    Très poignant , J’en ai presque pleuré .Tu es un
    Exemple d’amour maternel .. Je ne te connais pas mais je t’aime . Je connais Bien ton Bon papa . J’ai connu ta mère . Toi Je t’ai vu toute
    petite à la Cathédrale .By ,By Je t’aime ??

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